Le Pont de Glace

Le Pont de Glace
Au temps des Anciens, le climat était très rude. Le froid s'immiscait partout, par les moindres interstices, entre les roches de ma tanière. Il s'infiltrait également dans les huttes les plus couvertes des Anciens.
La mer était gelée. Une immense langue de glace s'avançait très loin à l'ouest. Elle paraissait sans fin. C'était de bons terrains de chasse. Nous y allions régulièrement chasser le phoque. Son sang et sa graisse nous revigoraient, et nous faisaient oublier le froid.

Une tribu d'hommes vivait à proximité de cette langue de glace. C'était une tribu de pêcheurs, un art dans lequel ils excellaient. Mais le poisson seul ne peut nourrir une horde entière. Le gros gibier se faisait rare dans ces régions reculées d'Europe. Pas le moindre mammouth, pas le moindre cheval, pas le moindre megaceros pour se nourrir.

La seule nourriture, en dehors du bien maigre poisson, qui s'offrait à eux était les phoques. J'ai hanté les songes du chef, et chaman, de la tribu. J'ai vu son esprit, lu la moindre de ses pensées. Et le chef Beorg ne se doutait pas de ma présence. Il organisait juste la chasse qui se déroulerait là, sur la glace. Une chasse au phoque.

Je les ai observés, le jour de la mise à l'eau de leur embarcation. Quatre Anciens, trois hommes, et une femme, la fille de Beorg, partaient ensemble chasser le phoque. Dans l'air résonnaient les trompettes de l'espoir pour toute cette tribu.

Jamais ils ne revinrent en Europe. Jamais les Autres ne les reverraient de leur vivant. Ils les croyaient dévorés par le monstre de glace.

Et pourtant, ils n'étaient pas morts. A travers les songes de Zia, la fille du chef, je voyais une nouvelle terre. Les géants bruns aux défenses recourbées dominaient les plaines. Des félins à dents de sabre hantait ces régions. Ce n'était pas une langue de glace, c'était un Pont de Glace. Zia pensait avoir atteint le Royaume des Anciens, de leurs Anciens à eux. Mais elle avait atteint un terre que les Asiatiques ne coloniseront que 6 000 ans plus tard. Elle et ses compagnons avaient traversé le Pont de Glace.

Mais ils ne furent pas les premiers. Les exilés de la tribu de Beorg connaissaient le Pont de Glace. Zia fut accueillie par Attan, le chef des exilés, dont l'histoire est chantée depuis des millénaires.

Le pont de Glace


Le matin renait
Accompagné d'un vent cinglant et glacé
Les vagues déferlent sur l'estran
Dans ce monde en mouvement, j'attend

J'attend le bruit des cornes de rassemblement
J'attend que la mer prenne une couleur sang
J'attend le moment propice pour voguer
Vers le pont de glace, je suis un exilé

Je suis seul, rejeté par ma communauté
Exilé, dans cet hiver, condamné à succomber
Au froid, à la faim, aux redoutables prédateurs
Aux dents de sabre, ces diables pourfendeurs

Les Anciens m'ont montré cette terre de peur
De l'autre côté du pont de glace, une terre de bonheur
Royaume des géants bruns aux défenses élancées
La faim, je ne la connaitrais plus jamais

Je ne peux plus attendre, je dois m'élancer
Sur le pont de glace, où va-t-il me mener?
Armé de ma lance et de mon propulseur,
Je trouverai le Royaume des Anciens, des enchanteurs!



Zia et ses compagnons avaient parcouru ensemble plus de 5 000km, sur le Pont de Glace. Et durant tout ce temps, ils n'ont jamais remarqué les quelques hyènes téméraires qui les ont suivis tout au long de ce périple, avant de se dissiper tel la fumée d'un feu de bois une fois le Royaume des Anciens atteint.

# Posté le jeudi 30 mars 2006 08:32

Modifié le lundi 16 juillet 2007 10:38

Le départ

Le départ
Je suis resté longtemps en Europe. Plusieurs millénaires, à dire vrai. Plusieurs millénaires à régner sans réel partage, plusieurs millénaires à m'immiscer dans les songes des hommes, soit pour les observer, soit pour littéralement les hanter.

Les contrées glacées de l'Europe connurent un immense changement. Le froid a perdu de son intensité. La mer a dévorée les basses terres. La communauté de Zia a été engloutie, personne n'a survécu. J'ai vu, à travers le regard de l'un deux, ce qui s'est passé. J'ai entendu, à travers ses tympans, les hommes qui criaient et se débattaient, pour ne pas laisser la mer gagner son combat. J'ai senti la suffocation, l'eau qui emplit les poumons. J'ai vécu, dans l'esprit de cet homme, une mort affreuse.

La disparition de la communauté de Zia m'a fait prendre une décision: je quitte l'Europe. J'irai vers l'est, le Pont de Glace à l'ouest ayant disparu. J'irai à la rencontre du Soleil levant. Mes frères et soeurs hyènes me suivront. Ensemble, nous fonderons un nouvel Empire, nous pourrons à nouveau chasser ensemble du gibier polaire aux abords de l'immense taïga.

Il était temps de prendre le départ. L'âge des Hommes approchait à grands pas dans cette Europe qui se réchauffait. Dans les régions les plus réculées et encore glacées de l'est, je pourrai peut-être mener une existence paisible. En hantant les songes des hommes, j'ai ressenti une peur, mais aussi une haine profonde, que je leur inspirais. Les ambitions des hommes étaient claires: vaincre le roi-hyène. C'est pourquoi ma décision de partir a été précipitée. Les hommes voulaient le pouvoir, sans partage. Alors que les hyènes étaient prêtes à le partager.

Pour le moment, il nous fallait fuir ces contrées, et vivre reculés pendant que les esprits s'apaisent, et que la légende du roi-hyène prenne une tournure moins belligérante. Ce fut le début d'une longue traversée du désert pour moi et les miens.

# Posté le vendredi 31 mars 2006 05:36

Modifié le lundi 16 juillet 2007 08:56

Les Immortels: Georges Brassens (1)

Les Immortels: Georges Brassens (1)
Ce jour de 1981 était un jour triste. Le poète sétois a cassé sa pipe. Libération ne pouvait pas mettre un autre titre que celui-ci. Georges Brassens, ce jour-là, nous a quitté.

Cet enfant de Sète a toujours chanté son amour pour sa ville natale. Son plus beau message pour la cité méditérranéenne: Supplique pour être enterré sur la plage de Sète.

Brassens, l'homme qui trainait partout sa guitare, sa pipe et sa moustache légendaires, est l'un des plus grands poètes contemporains. Pourtant, celui qui a chanté Victor Hugo (Gastibelza) n'a jamais voulu être le porte-drapeau de quelque mouvement que ce soit, si humaniste soit-il. Lui qui n'a jamais oublié les copains, chantant avec fraicheur et franchise la camaraderie dans Les Copains d'abord. Lui qui a toujours voué une admirable passion, et un éternel amour pour ses parents, auxquels il rend hommage dans La Marche nuptiale.

Georges Brassens, quand il se lance dans la chanson, est déjà reconnu par les amateurs de poésie, pour avoir publié deux recueils de poèmes. Très vite, il a placé la barre très haut. Pourtant, il a toujours su satisfaire, et littéralement enchanter, un public très rapidement rendu exigeant. Réglant ses comptes par chanson interposée (Corne d'auroch) ou défiant les institutions (La non-demande en mariage), Brassens n'a jamais eu peur de chanter son verbe avec son franc-parler (Le pornographe du phonographe, Fernande), pour exprimer de la plus belle manière ses pensées (Trompettes de la renommée).

En 1981, Georges Brassens s'en est allé rejoindre Le vieux Léon parmi les Immortels. Cependant, les plus jeunes ne cessent de le découvrir, et de l'aimer. Nous nous laissons encore bercer par les mélodies de ta Mauvaise réputation. Et comme tu le disais si bien, camarade:

"Gare au gorill-ill-ill-ille!

# Posté le lundi 03 avril 2006 06:21

Modifié le lundi 16 juillet 2007 08:57

Aux abord de la taïga

Aux abord de la taïga
Comme Attan, je suis devenu un exilé. J'ai été chassé de mes terres européennes par les ambitions des hommes. Mes frères, mes soeurs et moi sommes partis vers l'est, vers l'immense taïga. Les hommes ne sont pas encore arrivés ici. Nous sommes seuls dans ce vaste monde encore glacé. Je règne ici sans partage, mais est-ce ma volonté?

Nous disposons de bons terrains de chasse. Nous avons de l'eau, de la viande, et un immense territoire à conquérir. Mais il n'y a pas de songes à hanter. Le roi-hyène ne peut vivire en paix s'il ne s'immisce pas dans les rêves des hommes, s'il ne leur offre pas de rêves de hyène. Mêmes les exilés ne viennent pas jusqu'ici. Nous sommes seuls.

Dans ces contrées éloignées, j'ai souvent repensé à Zia. La première Immortelle. Ce fut la première qui hanta mes songes. Je l'ai suivie jusqu'au royaume des Anciens, et là, elle en est devenue la légende. Je l'ai laissée, à contrecoeur, car ce n'était pas ma destinée de hanter le royaume des Anciens. Je m'en étais retourné auprès des miens, et des siens, en Europe.

La chasse est bonne ici. Nous ne souffrons pas de la faim. Les petits de la meute grandissent, et sont en bonne santé. Notre comunauté prospère dans ces régions. Pourtant, ils nous manquent toujours quelque chose. Mais nous patientons. Notre heure viendra. Si ce n'est pas nous qui allons vers les hommes, ce seront eux qui viendront à moi. Un temps viendra où l'humanité réclamera la justice des hyènes. C'est là que la légende commencera vraiment.

# Posté le mardi 04 avril 2006 06:28

Modifié le lundi 16 juillet 2007 05:59

Le ciel tacheté

Le ciel tacheté
Nous nous languissions aux abords de la taïga. Certes, nous nous manquions de rien en ce qui concerne la survie, mais nous n'avions pas de songe à hanter. Nous attendions un signe, un appel. Nous voulions faire notre retour parmi le monde des hommes.

Cela faisait plusieurs millénaires que les miens et moi étions partis, loin dans cette région sauvage. Le Dryas récent avait déjà fait ses ravages en Europe. La mer continuait à gagner du terrain sur la terre. Nous, nous n'avions connu que le dégel progressif, et le renouvellement de la faune. Les grands mammouths avaient disparu. Nous avions de temps en temps affaire à des ours, mais la plupart du temps, nous nous évitions. Les loups ont tenté à plusieurs reprises d'empiéter sur notre territoire. C'était maintenant cette région qui nous rejetait. Les hyènes n'étaient nulle part les bienvenues.

Ce jour-là, nous reçumes un signe. Nous n'espérions plus. Depuis des millénaires, nous étions bloqués ici, aux abords de la taÏga. Nous n'attendions plus rien. Nous nous contentions de survivre, et de régner. Mais le destin en a décidé autrement.

Ce jour-là, le ciel n'était pas bleu, comme il l'est d'habitude. Il n'était pas non plus gris, comme quand la pluie tombe en trombe, ni blanc, quand la neige s'apprête à recouvrir la terre. Non, le ciel a pris une teinte orangée, tachetée, tel le pelage d'une hyène. C'était un appel. Quelque part, les hommes rêvaient du roi-hyène. Il en appelèrent à sa justice, à la justice des hyènes. Le roi-hyène devait revenir, et devait à nouveau régner.

C'est ainsi que nous avons quitté ces régions sauvages, la laissant aux loups, aux ours, et aux quelques fauves blancs rayés de noir qui investissaient ces espaces, les tigres. Nous étions en route vers l'Europe, où les hommes rendraient sa couronne au roi-hyène. Nous savions qu'une longue route, difficile et parsemée d'embuches, nous attendait. Mais nous nous réjouissions de faire le chemin en sens inverse. Nous rentrons chez nous, mes frères et mes soeurs, nous rentrons chez nous.
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# Posté le mercredi 05 avril 2006 08:53

Modifié le lundi 16 juillet 2007 10:38