Un règne nouveau

Un règne nouveau
La route du retour fut longue. Trop longue. Le gibier ne manquait pas, nous disposions d'eau en temps voulu. Mais nous languissions de rentrer en Europe.

Sur notre chemin, nous croisions les nouveaux prédateurs. Les dents de sabre ont laissé la place à d'autres prédateurs, moins impressionnants mais tout aussi efficaces, comme les loups ou les chiens sauvages. Les ours, quant à eux, étaient toujours craints et respectés. Nous croisions et nous délections de nouvelles proies. Plus de mammouth ou de rhinocéros, mais des sangliers, des bisons d'Europe; des cervidés. Le paysage avait changé également: les grands espaces glacés étaient entièrement recouverts d'agréables forêts, dans lesquelles les chants d'oiseaux résonnaient comme une douce mélodie.

Nous approchions de notre destination, nos anciens territoires. La mer avait recouvert nos basses terres. Les Hommes commençaient à se regrouper en villages et en hameaux. Que le monde a changé durant notre longue absence.

La teinte tachetée du ciel annonçait notre retour, et l'aube d'un nouveau règne. La justice des hyènes s'appliquera à nouveau. Et très bientôt.

En effet, dès notre retour, les hommes en appelèrent au roi-hyène. Les Hommes, trop ambitieux, s'étaient détachés de leur nature. Les chamans devenaient de plus en plus puissants. Attitude nuisible pour les Hommes. C'est là que s'applique la justice des hyènes.

Un chaman en transe qui jouait avec des forces qu'il ne connait pas, qu'il ne maitrise pas. Des forces qui le dépasse. Ce chaman bouleverse l'équilibre de la Nature. Les Anciens connaissaient leurs limites, lui semble avoir totalement effacé les frontières de son pouvoir. Les Hommes réclamèrent la justice des hyènes.

Ce chaman mourut de la manière la plus disgracieuse qui soit dans cette nouvelle opposition entre Nature et Culture: il fut dévoré par des bêtes. Son sang et sa viande nourrirent les miens, son esprit puissant nourrît mon pouvoir. La justice des hyènes avait rendu son verdict. Le chaman nouvel empereur était mort. Un règne nouveau pouvait enfin commencer. Je pouvais enfin hanter les hommes de mes rêves de hyène.

# Posté le vendredi 07 avril 2006 11:12

Modifié le lundi 16 juillet 2007 05:59

Les Immortels: Choi Min-sik

Les Immortels: Choi Min-sik
Choi Min-sik, 1962, Corée du Sud. J'ai eu l'occasion de faire sa connaissance avec le film Old Boy, de Park Chon-Wook. Film qui est d'ailleurs un véritable chef-d'oeuvre, de loin mon film préféré. Il y campe le personnage de Oh Dae-soo, enfermé pendant 15 ans. Par qui? Pourquoi? Ce sont les questions qui le tarauderont durant toute sa détention. Aussi inexplicablement qu'il fut enfermé, Dae-soo est libéré. Dès lors, il n'a plus qu'une idée en tête: retrouver celui qui lui a fait vivre cela. Mais sa libération n'est que le début du cauchemar.

Choi Min-sik joue le rôle de Dae-soo avec talent, brio. Rôle de composition difficile à jouer, il le fait pourtant à merveille. Le film, Grand Prix du festival de Cannes en 2004, doit son succès en partie grâce à la prestation de son acteur principal.

J'ai également eu l'occasion de voir évoluer Choi Min-sik dans Ivre de femmes et de peinture, film qui constitue également un chef-d'oeuvre. Une prestation tout aussi magnifique que dans Old boy. Un grand film, avec un grand acteur. Il y campe le rôle du peintre le plus célèbre de Corée à la fin du XIXème siècle, sous la pression des envahisseurs chinois, puis japonais. Dans ce film, Choi Min-sik dira même cette magnifique tirade, tandis qu'il observait avec passion un vol d'oiseau:

On naît dans un rêve
On vit dans un rêve
Seule la mort nous réveille


Choi Min-sik enchaîne les succès, accroissant un peu plus chaque jour sa popularité en Occident: Failan, Taegukgi, Sympathy for Lady Vengeance, Crying Fist... Autant d'oeuvres où il fait parler son immense talent.

Comme tous les Immortels, Choi Min-sik a hanté les songes du roi-hyène. Grand acteur, grand artiste. Quand on le regarde, on pourrait croire à un simple monstre, comme nous tous le sommes. Mais conjugué à son immense talent, on peut y ajouter le sacré!

Choi Min-sik, monstre sacré du cinéma asiatique et mondial, Immortel!
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# Posté le vendredi 21 avril 2006 12:19

Modifié le lundi 16 juillet 2007 08:56

Les Immortels: Léo Ferré (3)

Les Immortels: Léo Ferré (3)
Thank You Satan


Pour la flamme que tu allumes
Au creux d'un lit pauvre ou rupin
Pour le plaisir qui s'y consume
Dans la toile ou dans le satin
Pour les enfants que tu ranimes
Au fond des dortoirs chérubins
Pour leurs pétales anonymes
Comme la rose du matin

Thank you Satan

Pour le voleur que tu recouvres
De ton chandail tendre et rouquin
Pour les portes que tu lui ouvres
Sur la tanière des rupins
Pour le condamné que tu veilles
A l'Abbaye du monte en l'air
Pour le rhum que tu lui conseilles
Et le mégot que tu lui sers

Thank you Satan

Pour les étoiles que tu sèmes
Dans le remords des assassins
Et pour ce c½ur qui bat quand même
Dans la poitrine des putains
Pour les idées que tu maquilles
Dans la tête des citoyens
Pour la prise de la Bastille
Même si ça ne sert à rien

Thank you Satan

Pour le prêtre qui s'exaspère
A retrouver le doux agneau
Pour le pinard élémentaire
Qu'il prend pour du Château Margaux
Pour l'anarchiste à qui tu donnes
Les deux couleurs de ton pays
Le rouge pour naître à Barcelone
Le noir pour mourir à Paris

Thank you Satan

Pour la sépulture anonyme
Que tu fis à Monsieur Mozart
Sans croix ni rien sauf pour la frime
Un chien, croque-mort du hasard
Pour les poètes que tu glisses
Au chevet des adolescents
Quand poussent dans l'ombre complice
Des fleurs du mal de dix-sept ans

Thank you Satan

Pour le péché que tu fais naître
Au sein des plus raides vertus
Et pour l'ennui qui va paraître
Au coin des lits où tu n'es plus
Pour les ballots que tu fais paître
Dans le pré comme des moutons
Pour ton honneur à ne paraître
Jamais à la télévision

Thank you Satan

Pour tout cela et plus encor
Pour la solitude des rois
Le rire des têtes de morts
Le moyen de tourner la loi
Et qu'on ne me fasse point taire
Et que je chante pour ton bien
Dans ce monde où les muselières
Ne sont plus faites pour les chiens...

Thank you Satan !
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# Posté le mercredi 26 avril 2006 03:43

Modifié le lundi 16 juillet 2007 05:56

Rêves de hyène : première partie (Julien V)

Rêves de hyène : première partie (Julien V)
L'hiver approche. Déjà. Il arrive tôt cette année. Et il s'annonce terrible, comme d'habitude. C'est toujours la même chanson, les hivers se suivent et se ressemblent. Ce sera mon septième hiver ici, sur ces plateaux. Quand je suis arrivé à Chong'jin, il y a bientôt sept ans, je n'aurais jamais cru connaître des hivers aussi impitoyables. Ce froid intense qui cause des hécatombes chaque année ici, et la neige qui ensevelit en peu de temps les cadavres gelés des détenus. Chaque année, c'est le même spectacle de tristesse et de désolation. Mais l'hiver n'est pas le pire. Le pire, c'est que l'on s'habitue. Voir des charognes dépouillées par les compagnons de misère, voir le gel prendre rapidement possession de ces paquets de viande sans vie, les yeux dévorés par les derniers corbeaux téméraires, c'est devenu terriblement banal. Plus rien ne choque ici, plus rien n'émeut. Quand je me penche sur ma misérable détention, quand je vois la détresse caresser les barreaux de ma cellule, quand je sens monter l'odeur pestilentielle des cadavres en putréfaction juste sous ma fenêtre, à laquelle se mêle l'affreux parfum de la folie humaine, je ne peux pas croire que dans les cieux, un Dieu quelconque veille sur nous. S'il existe, ce Dieu vers qui se tournent tant de détenus désespérés, je me dis que cela fait longtemps qu'il a quitté les lieux, qu'il nous laisse lentement crever dans ce goulag, summum de la honte d'appartenir au genre humain. A croire que le Vieux Barbu, là-haut sur son nuage, a réservé ici un petit jardin, l'Eden des fous, des imbus de pouvoir, des tortionnaires. Leur paradis à ces monstres ignobles et armés, l'Enfer pour les pauvres paumés qui y sont détenus. Ces malheureux qui se raccrochent désespérément à leur dernière parcelle d'humanité, domaine bien gardé au fond de leur esprit.

Je me souviens de mon arrestation, à Pyongyang, voilà presque sept ans. J'ai été arrêté par les soldats, parce que je ne me suis pas incliné devant l'imposante statue en or du Grand Leader, Kim Il-sung. Pour cela, j'ai été jugé devant un tribunal « populaire », entièrement constitué d'officiers militaires, et j'ai été condamné à la détention et au travail pour le bien du peuple nord-coréen, à perpétuité. Mes premiers mois de détention m'ont permis de connaître les moindres recoins de la prison de Nampo, au sud-ouest de Pyongyang. Nous étions dix-sept détenus à se serrer dans une cellule prévue pour en accueillir six. Il était impossible de s'allonger, et pour dormir, il fallait se contenter de la position assise, quand c'était possible. Nous dormions à tour de rôle. Concernant la nourriture, la cellule était prévue pour six détenus, pas plus. Nous n'avions que six maigres rations. C'est étonnant comment dans les situations les plus alarmantes, la solidarité s'impose d'elle-même parfois. La plupart du temps, nous partagions tant bien que mal nos trois cents grammes de riz, et nos quelques gouttes d'eau croupie. Certains étaient plus que faméliques, d'autres n'y survécurent pas. Comme il y avait un roulement des détenus entre les cellules, il m'arriva plusieurs fois de me retrouver avec des hommes violents, qui brutalisaient les autres afin de s'adjuger le plus gros des rations. Cette période fut difficile, et ce qui m'attendait au goulag était pire.
Je fus transféré au camp trois mois après mon arrestation. C'est au nord de Chong'jin, sur les plateaux du Hamgyong Sanmaek. A peine arrivé, les séances de supplice ont commencé. Je m'en souviens très bien : sitôt le train acheminant les détenus arrêté, les portes se sont ouvertes. Là, deux soldats fondirent sur moi, me rouant de coups de crosse de fusil. Ils m'ont ensuite traîné dans la boue sur plusieurs centaines de mètres. Impossible de me débattre. J'étais affaibli par la faim et la soif, et les coups que m'avaient infligés les deux soldats achevèrent quelque part en moi la volonté de me défendre. Ils m'enfermèrent dans une sorte de caisson, très étroit, où je ne pouvais que me tenir debout. J'étais là-dedans, ne pouvant même pas plier les genoux. Je ne m'en étais pas rendu compte de suite, mais des gouttes d'eau tombaient sur mon crâne rasé. Un goutte-à-goutte synchronisé, qui rend fou au bout de quelques minutes à peine. Je suis resté dans ce caisson durant deux semaines. A ma sortie, j'étais complètement assommé par ce goutte-à-goutte infernal. J'ai mis plusieurs jours à réhabituer mes yeux à la lumière du jour, et plusieurs semaines à m'en remettre. Quand je repense à cela, j'en frissonne encore d'horreur. Je préfère passer plusieurs heures avec la roulette du dentiste sur le nerf sensible d'une de mes molaires que d'y retourner ne serait-ce qu'une journée ! Et pourtant, je suis retourné dans ce caisson plusieurs fois au cours de ces sept dernières années.
Mais je n'ai pas subi que cela ! Le supplice du caisson n'était que le début. J'ai subi des interrogatoires terriblement douloureux. Outre les multiples coups que l'on m'infligeait, j'ai eu droit à des séances de torture. Les petites épines de bois placées sous les ongles étaient destinées à me faire avouer l'existence d'un complot occidental imaginaire. On m'a également retourné les doigts, pour l'affront que j'ai commis au Parti et à la mémoire du Grand Leader. Les soldats, sadiques à souhait, m'ont également obligé à rester debout au centre d'une pièce. Interdit de s'asseoir, de s'appuyer contre un mur, totale impossibilité de s'assoupir faute d'appui, et ce pendant près de soixante-douze heures, sans manger, sans boire, et sans dormir. La résistance du corps humain s'avère gigantesque, dans les moments les plus difficiles. A côté de ce que j'ai subi au cours de ces sept dernières années, cela me semble vraiment gentil, l'Archipel du Goulag de Soljenitsyne. De plus, à l'époque du camarade Alexandre, les Soviétiques n'utilisaient pas la gégène. Les Nord-coréens n'hésitent pas à l'employer. A l'heure actuelle, même si une superbe femme s'offrait à moi, je ne suis pas sûr de le pouvoir encore, tellement la gégène est douloureuse et nous laisse de terribles séquelles. Je plains les soldats et civils algériens qui ont subi cette torture dont la cruauté est sans nom, je maudis la France pour cela.

# Posté le vendredi 19 mai 2006 10:51

Les Immortels : Grand Corps Malade (1)

Les Immortels : Grand Corps Malade (1)
Grand Corps Malade est né le 31 juillet 1977 sous le prénom de Fabien, sous le soleil de Seine-Saint-Denis, sous le signe du lion et sous les yeux de sa mère qui, déjà à l'époque, lui donne un surnom composé de trois mots : Petit Chaton Bleu.

Très vite, les mots lui viennent facilement. Il chante, raconte des histoires et passe déjà de nombreux coups de téléphone.

Grand Corps Malade est Polo pour son père avec qui il va courir de temps en temps au parc de la Courneuve.

Il est Fab pour sa soeur avec qui il monte des pièces de théâtre et joue à Intervilles pendant les vacances.

Fab pour Kiki, Mathieu et Patrice avec qui il joue au foot Allée Verte.

Fab pour Samy, Brahim et Bally avec qui il joue au basket à Delaune.

Quand il est grand, Fab veut faire prof de sport avec Audrey et Toussaint. Mais il prend l'hélico pour l'hosto.
Alors, pendant un temps, il a un "vrai travail" avec François et Robert.

Finalement, en 2003, il devient Grand Corps Malade aux côtés de John Pucc'Chocolat et du collectif 129H, avec qui il devient un activiste des scènes slam.

Pendant 2 ans, il arpente toutes les scènes ouvertes des petits bars parisiens pour partager ses textes a capella, dans la plus pure tradition slam.

Il remporte les premiers grands tournois de slam (Bouchazoreill' à la Boule Noire puis au Trabendo, Slam United à la Java...)

Depuis septembre 2004, avec son pote John Pucc', il anime Slam'Alikoum, les soirées slam mensuelles du Café Culturel de Saint-Denis.

En 2004, avec John Pucc', Droopy et Techa et les 129H, il forme « Le Cercle des Poètes sans Instru » pour une création de poésie urbaine que ces 7 slameurs proposent dans de nombreux festivals.

Depuis 2 ans, il a fait de la scène son terrain de jeu favori et multiplie les spectacles et récitals Slam :

- Participation au spectacle d'Edouard Baer La folle et véritable vie de Luigi Prizzoti à la Cigale et aux Folies-Bergères (février et mars 2006)

- Première partie du spectacle d'Elie Semoun au Casino de Paris (3 dates en janvier 2006)

- Plusieurs récitals en solo au Réservoir (fin 2005 et 2006)

- Première partie du concert de Mouss et Hakim à la Boule Noire (2005)

- Première partie du concert de Cheb Mami sur le parvis du Stade de France (2005)

- Et différents festivals : Francophonies en Limousin (2005), Festival d'Aurillac (2005), Festival Zebrock (2005), Festival Hip Hop de Saint-Denis (2004), spectacle « Slam Opéra » au Théâtre de la Main d'Or (2003)...

Début 2005, Grand Corps Malade fonde l'association "Flow d'encre", structure sur laquelle il s'appuie pour animer des ateliers d'écriture/slam auprès de municipalités, centres sociaux, établissements scolaires...

Jusqu'en juin 2006, il participe avec D' de Kabal, Hocine Ben, Gérard Mendy et Félix Jousserand au projet "93 Slam Caravane", ateliers d'écriture et scènes slam itinérantes dans plusieurs villes de Seine-Saint-Denis.

Il anime également des ateliers slam pour "La Maison des Ados" de l'hôpital Avicenne à Bobigny.

Fin 2005, il entre en studio avec S Petit Nico (compositeur) et plusieurs autres musiciens pour enregistrer ses textes en musique.

Grand Corps Malade. Poète du bitume, acrobate de la plume. Des textes forts, poignants, sublimes. Nous n'oublierons pas sa Parole du bout du monde.

Spécialiste de l'Attentat verbal, il arpente les rues de Saint-Denis, où, Vu de sa fenêtre, il enchante nos existences de ses plus beaux textes.

Grand Corps Malade, le premier Immortel du bitume!

# Posté le lundi 12 juin 2006 05:29