Lily la Grande

Lily la Grande
Le règne nouveau s'était installé. Nous régnions en paix dans nos lointaines contrées d'Europe. Nous bercions les hommes de nos rêves de hyène.

La meute prospérait. Nous ne manquions de rien. J'avais des songes à hanter, et mes frères et mes soeurs ne connaissaient pas la disette. Chaque jour, nous devenions plus puissants, plus respectés, plus hyènes. Nous vivions dans un climat de tranquillité. Nulle terreur ne s'installait, nulle crainte n'empirait.

Mais la justice des hyènes était omniprésente. Les éléments perturbateurs de l'Equilibre étaient jugés et éliminés, selon nos lois.

Il était parmi nous une jeune hyène dont la fougue et la puissance étaient légendaires. Bien que jeune, cette femelle s'était illustrée maintes fois, que ce soit au cours d'une chasse ou d'une sentence. Une véritable guerrière emplie de sagesse également. Elle était connue sous le nom de Lily la Grande. Grande par sa puissance et sa sagesse, et par la dualité de sa fougue et de son calme.

Quelque soit le combat, jamais Lily n'a failli. Elle imposait le respect, et chacune de ses apparitions amenait le triomphe.

Dans la meute, Lily la Grande n'est jamais oubliée. Elle est mon bras droit dans l'application de la justice des hyènes. Jamais elle ne me trahira.

Lily la Grande, la hyène légendaire.

# Posté le jeudi 06 juillet 2006 08:33

Modifié le lundi 16 juillet 2007 05:56

Le jugement nocturne

Le jugement nocturne
Il s'appelait Artog. C'était un homme de la tribu des chevaux. Il vivait dans les plaines du Nord, chassant le cerf dans la lisière de la forêt, et vénérant les chevaux sauvages. C'était un homme puissant, craint par les autres, instaurant un climat de peur sur sa tribu.

Il appliquait sa propre justice. Encore faut-il que justice soit le mot approprié pour désigner la barbarie de ses "procès". Artog était un despote. Il jugeait selon les anciennes lois de la tribu, qu'il a adoptées selon sa convenance. La moindre faute était passible de mort. Beaucoup de jeunes hommes furent condamnés à la souffrance et à la mort lente, pour avoir tué le cerf ou la sanglier qu'Artog convoitait. C'était un bourreau déifié.

Artog avait même la prétention de se dire chaman. Il a assumé ce rang suite au "procès" et à l'exécution du chaman de la tribu des chevaux, Kaltoug, pour avoir communiqué à la tribu un message des Anciens insultant Artog. Il faut condamné à mourir dévoré par les fourmis.

Artog disait être un chaman puissant. Son pouvoir relevait beaucoup plus du charlatanisme que de la magie. Mais tous craignaient ses prédictions. Artog prédisait des cataclysmes et des famines horribles si quiconque dans la tribu ne se soumettait au pouvoir d'Artog.

Artog le chaman voulait instaurer un nouveau règne. Il usait de la terreur pour convaincre les membres de la tribu de repousser le roi-hyène dans leurs songes, de priver le roi-hyène de toute forme d'énergie. Il pronait les vertus d'un règne artogien, qui devait bientôt naître. Artog ne respectait pas l'équilibre.

Il comprit son irréparable erreur lorsqu'il vit le ciel se tacheter. Le roi-hyène est en marche, pour faire justice. Il réinstaurera l'équilibre et la tranquillité de son règne dans ces plaines.

Artog avait peur. Il craignait l'arrivée du roi-hyène et de son bras droit de la justice des hyènes, Lily la Grande, l'hyène légendaire. Mais il ne pouvait fuir. Sa tribu le traiterait de lâche.

Selon ses certitudes chamaniques, Artog fit tué cinq enfants de la tribu. Il mélangea un peu de sang de chacun à celui d'un grand cerf mâle, et à celui d'un cheval noir. Le remède divin selon lui. L'élixir de la toute puissance. Il but ce mélange d'hémoglobine avec précipitation, et attendit le roi-hyène, certain de vaincre.

Le jugement fut nocturne. Le roi-hyène condamna Artog pour sa cruauté, son despotisme, et ses prétentions néfastes à l'équilibre. Artog, certain de sa toute puissance, de sa divination, refusa le jugement, et voulut combattre le roi-hyène. Mais nul ne peut échapper à la justice des hyènes, et surtout pas Artog.

Artog mourut sans gloire, en pleine nuit, dévoré par la meute du roi-hyène. Quelques vautours se disputaient maintenant les maigres restes de sa dépouille. Sa viande avait nourri la meute, et son âme vint nourrir les pouvoirs du roi-hyène, afin que son règne se prolonge encore longtemps. Un règne de paix et d'équilibre, qui prospèrera encore des milliers d'années. Des milliers d'années à hanter les songes des hommes, à la recherche des Immortels.

Lors du jugement nocturne, le roi-hyène ne rencontra pas un Immortel. Zia fut la première Immortelle, Artog le premier Fossoyeur. Avec Zia, il rencontra l'Amour, et ce que l'humanité engendra de plus beau. Avec Artog, il rencontra la Haine, et vit que les hommes pouvaient appliquer le Mauvais, la Mort volontaire. Zia contre Artog, et le roi-hyène au milieu de ces souvenirs.

# Posté le vendredi 07 juillet 2006 09:34

Modifié le lundi 16 juillet 2007 05:58

Les Immortels : Alexandre Soljenitsyne

Les Immortels : Alexandre Soljenitsyne
1. Présentation


Soljenitsyne, Alexandre (1918- ), écrivain soviétique, lauréat du prix Nobel de littérature (1970), l'un des plus importants écrivains russes de la seconde moitié du XXe siècle.


2. Un parcours ascendant interrompu par une inculpation pour « complot antisoviétique »


Né à Kislovodsk (Caucase), six mois après la mort de son père, Alexandre Issaïevitch Soljenitsyne passe une enfance relativement heureuse à Rostov-sur-le-Don, où s'établit sa mère en 1924. Étudiant en mathématiques et en physique à l'université de Rostov et, parallèlement, aux cours par correspondance de l'Institut de philosophie, d'histoire et de littérature de Moscou, il enseigne, une fois diplômé, l'astronomie et les mathématiques dans une petite ville située au nord de Rostov. Mobilisé comme simple soldat en 1940, admis à une école d'officiers, il remplit ses soirées libres en rédigeant de petits récits. Envoyé sur le front de Prusse-Orientale à la fin de 1942 comme commandant d'une batterie de reconnaissance, décoré à deux reprises, promu capitaine (1944), il est arrêté en février 1945 pour avoir fait part, dans sa correspondance avec un ami, de ses « indignations politiques » et qualifié Staline de « caïd ». En juillet de la même année, un comité spécial de la sûreté de l'État le condamne, sous l'inculpation de complot antisoviétique, à huit ans de « redressement » en camp de travail.


3. La détention et la relégation


Successivement détenu à Moscou, dans un camp mixte, puis dans un institut de recherche à Marfino, dans la banlieue de Moscou, il est transféré dans un camp pour détenus politiques à Ekibastouz, au Kazakhstan, où, comme son héros Ivan Denissovitch, il est fondeur et maçon. Pendant sa détention, il compose de mémoire une pièce, le Festin des vainqueurs, qu'il désavouera par la suite. Libéré en 1953, Soljenitsyne est aussitôt envoyé en relégation perpétuelle dans un village du Kazakhstan où il enseigne les mathématiques tout en se consacrant à l'écriture : il compose la pièce la Fille d'amour et l'innocent et commence la rédaction du Premier Cercle. Réhabilité à la faveur de la déstalinisation par le tribunal de l'URSS (février 1956), il s'établit à Riazan où, jusqu'en 1964, parallèlement à une intense mais secrète activité d'écriture, il enseigne la physique.


4. La déstalinisation autorise le premier succès littéraire


En 1962, Khrouchtchev autorise la parution dans la revue Novy Mir de Une journée d'Ivan Denissovitch, une description crue du Goulag. La nouvelle de cette publication fait sensation en URSS et dans le monde entier, et vaut à son auteur une célébrité immédiate : renouant avec la grande tradition du roman russe, ce récit révèle un immense auteur. Conforté par l'immense courrier de ses lecteurs et par celui d'anciens zeks (détenus) qui lui fournissent de multiples témoignages, Soljenitsyne entreprend alors, toujours en grand secret, la rédaction de l'Archipel du Goulag, une peinture sans concession du système concentrationnaire et du régime soviétique.


5. Samizdat et expulsion


Ayant dénoncé les méfaits de la censure opérée par l'Union des écrivains (Lettre sur la censure, 1967), Soljenitsyne devient la cible d'une gigantesque campagne de dénigrement orchestrée conjointement par les services de la Sûreté et l'Union des écrivains, dont il est exclu en 1969. Le Premier Cercle (1955-1958) et le Pavillon des cancéreux (1963-1966) sont publiés en 1968 à l'étranger, où Soljenitsyne parvient à faire passer le microfilm du manuscrit de l'Archipel du Goulag. Dans le même temps, ayant rompu avec l'inspiration autobiographique de ses précédentes ½uvres, il s'adonne à son projet conçu depuis l'enfance, écrire une vaste fresque de la révolution de 1917, la Roue rouge, dont le premier « n½ud », Août 14, paraît à Paris en 1971. En 1973, ayant appris que la dactylographe de l'Archipel du Goulag s'était suicidée après trois jours d'interrogatoire par le KGB, Soljenitsyne donne l'instruction de publier l'Archipel à l'étranger. Après avoir lancé un dernier appel à la résistance et au refus de tout mensonge (Appel de Moscou, 1974), il est arrêté, déchu de sa nationalité et expulsé de son pays. Rédigée dès 1973, la Lettre aux dirigeants de l'URSS, dans laquelle l'écrivain exhorte les dirigeants de son pays à abandonner l'idéologie marxiste et à autoriser la libre expression des courants philosophiques et religieux, est rendue publique en 1974. D'abord réfugié à Zurich, qui lui inspire Lénine à Zurich (1975), Soljenitsyne y publie un recueil d'articles d'inspiration nationale et religieuse (Sous les décombres, 1974), puis se rend aux États-Unis, dans le Vermont (1976), où, retiré, il poursuit son ½uvre : le Chêne et le Veau (1979), premier volume de ses mémoires (complété près de vingt ans plus tard par le Grain tombé entre les meules) ; au premier « n½ud », Août 14, remanié et profondément enrichi, s'ajoute Novembre 16 (1985). Il interrompt sa création littéraire pour réunir les forces de la dissidence, défendre publiquement Guinzbourg, Orlov et Chtcharanski (1978), ou fustiger le monde occidental dont il déplore l'effondrement moral, l'industrialisation à outrance et le « bazar mercantile » (Discours de Harvard, 1978). Après vingt ans d'exil, le proscrit de l'URSS est rentré dans son pays en 1994.


6. L'expérience individuelle élargie aux dimensions de l'Histoire


Indissociable de sa vie, de son expérience du totalitarisme, l'½uvre de Soljenitsyne a le ton et la valeur d'un témoignage. Si quelques écrivains (Ehrenbourg, Nekrassov, Bondariev) l'ont précédé dans l'évocation de la terreur, du goulag, Soljenitsyne demeure celui qui, avec Une journée d'Ivan Denissovitch, a ouvert la voie à une abondante littérature de mémoires et de témoignages, illustrée par la suite par Aksionov, Evguenia Guinzbourg (le Vertige, 1967 ; le Ciel de la Kolyma, 1979) et Varlam Chalamov (Récits de la Kolyma, 1978). L'expérience existentielle et morale de Soljenitsyne, forgée dans le goulag, l'épreuve de la maladie ou celle de l'exil, est celle de la plupart de ses personnages. Pourtant, le niveau autobiographique est toujours dépassé. En premier lieu, par la structure dramaturgique de ses romans, où le temps, extrêmement condensé (une journée pour Ivan Denissovitch, trois pour le Premier Cercle, une dizaine de jours pour Août 14), et l'espace toujours clos (la cellule, le camp, la chambre d'hôpital) confèrent aux récits soljenitsyens une résonance tragique.

L'½uvre de Soljenitsyne est également une vaste fresque sociale : bourreaux et victimes, humbles et puissants, paysans et intellectuels, les personnages les plus divers y sont décrits du point de vue social et psychologique. Pourtant, là encore, la peinture sociale n'est pas, pour l'écrivain, une fin en soi et l'individu n'est pas déterminé par son appartenance sociale : chaque personnage naît, se révèle à l'instant décisif du choix moral. Les bagnards-savants du Premier Cercle se libèrent par le rire et le sacrifice de soi et recréent, à l'intérieur de leur microcosme, la culture et l'égalité humaine. De même, le thème central d'Une journée d'Ivan Denissovitch est celui de la reconquête, à l'intérieur du bagne, de la dignité humaine. L'½uvre de Soljenitsyne, rescapé du camp, du cancer, est une quête de vérité, une vigoureuse dénonciation de la falsification de l'histoire : à cet égard, l'Archipel du Goulag est une gigantesque encyclopédie du bagne depuis ses origines en 1917, mêlant la description historique, géographique et ethnographique. Triomphant du mensonge officiel, Soljenitsyne y restitue minutieusement des centaines de destins broyés et décrit l'inconcevable mise à l'épreuve de l'homme par le totalitarisme.

Source: Encarta

# Posté le mardi 11 juillet 2006 07:41

La Mémoire et la Mer

La Mémoire et la Mer
La marée, je l'ai dans le c½ur
Qui me remonte comme un signe
Je meurs de ma petite s½ur, de mon enfance et de mon cygne
Un bateau, ça dépend comment
On l'arrime au port de justesse
Il pleure de mon firmament
Des années lumières et j'en laisse
Je suis le fantôme jersey
Celui qui vient les soirs de frime
Te lancer la brume en baiser
Et te ramasser dans ses rimes
Comme le trémail de juillet
Où luisait le loup solitaire
Celui que je voyais briller
Aux doigts de sable de la terre

Rappelle-toi ce chien de mer
Que nous libérions sur parole
Et qui gueule dans le désert
Des goémons de nécropole
Je suis sûr que la vie est là
Avec ses poumons de flanelle
Quand il pleure de ces temps là
Le froid tout gris qui nous appelle
Je me souviens des soirs là-bas
Et des sprints gagnés sur l'écume
Cette bave des chevaux ras
Au raz des rocs qui se consument
Ö l'ange des plaisirs perdus
Ö rumeurs d'une autre habitude
Mes désirs dès lors ne sont plus
Qu'un chagrin de ma solitude

Et le diable des soirs conquis
Avec ses pâleurs de rescousse
Et le squale des paradis
Dans le milieu mouillé de mousse
Reviens fille verte des fjords
Reviens violon des violonades
Dans le port fanfarent les cors
Pour le retour des camarades
Ö parfum rare des salants
Dans le poivre feu des gerçures
Quand j'allais, géométrisant,
Mon âme au creux de ta blessure
Dans le désordre de ton cul
Poissé dans des draps d'aube fine
Je voyais un vitrail de plus,
Et toi fille verte, mon spleen

Les coquillages figurant
Sous les sunlights cassés liquides
Jouent de la castagnette tans
Qu'on dirait l'Espagne livide
Dieux de granits, ayez pitié
De leur vocation de parure
Quand le couteau vient s'immiscer
Dans leur castagnette figure
Et je voyais ce qu'on pressent
Quand on pressent l'entrevoyure
Entre les persiennes du sang
Et que les globules figurent
Une mathématique bleue,
Sur cette mer jamais étale
D'où me remonte peu à peu
Cette mémoire des étoiles

Cette rumeur qui vient de là
Sous l'arc copain où je m'aveugle
Ces mains qui me font du fla-fla
Ces mains ruminantes qui meuglent
Cette rumeur me suit longtemps
Comme un mendiant sous l'anathème
Comme l'ombre qui perd son temps
À dessiner mon théorème
Et sous mon maquillage roux
S'en vient battre comme une porte
Cette rumeur qui va debout
Dans la rue, aux musiques mortes
C'est fini, la mer, c'est fini
Sur la plage, le sable bêle
Comme des moutons d'infini...
Quand la mer bergère m'appelle
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# Posté le mardi 23 janvier 2007 08:41

Poésie: Rêves de hyène

Poésie: Rêves de hyène
REVES DE HYENE



Depuis sept ans déjà
Que le soleil se fait trop rare
Que je survis à l'ombre du noir
Comme un reclus, un rat

Les vents glacés de Ch'ongjin
Et les chutes de neiges incessantes
Font les nuits longues et pesantes
A côté, c'était gentil, Soljenitsyne

Une vieille charogne, un corps
Totalement décharné, faiblement vêtu
Mutilé par d'autres détenus
Tout le monde s'en fout de son sort

Les rations insuffisantes
Et les quelques gouttes d'eau croupie
Il faut s'en contenter, l'ami
C'est notre économie de subsistance

Seul à lutter, seul à survivre
Sans cérémonie au son des fifres
Sans vraiment pouvoir se relever
On est seul à crever

Les hommes ont beau recherché Dieu
Il a déjà quitté les lieux
Il nous laisse crever seuls ici
Ses bergers, qu'il les renie!

L'odeur de la mort, étouffante
Le parfum de la folie humaine
Et celui de la putréfaction latente
C'est notre bouquet de printemps de peine

Plus de place pour les sentiments
Plus de place pour nos caractères humains
Un endroit où se fige éternellement le temps
Comme si nous ne sommes plus rien

Dans ce goulag, l'homme que j'étais
Fut effacé par mon animalité
La torture et la fatalité, c'est fini
Des rêves de hyène bercent ma survie



Julien Vanlichtervelde, 2006

# Posté le jeudi 25 janvier 2007 09:19